Cœur noir

Me voilà, terré dans notre cimetière.

Ah, si j’avais su que j’allais le payer si cher…

Changé en chat errant fantomatique,

Sortilège brillant d’un filtre achromatique.


Penser à toi me meut et me tue

Je me répète : « qu’est-ce que tu veux ? A quoi tu penses ?

Est-ce mon cerveau, ou bien mon cul ? Dis-moi ton sens. »

Mais dans un silence criant, tu t’es tu.


Une bombe de sang j’ai dans le cœur,

Est-ce que tu ressens cette chaleur ?

Mon être, devrions-nous rendre la paix à nos âmes,

Baisser les armes et figer les larmes ?


Au bord du gouffre, mon corps balance,

D’une langueur lancinante, je flanche,

Epée de bois ou arme blanche ?

Pourquoi redouter le silence ?


Une abondance d’émotions cinglantes

Renverse et engloutit mon jugement.

Entre résurgence et annihilation, je plante

Dans mon cœur le fer ardent.

L’obus brisé ne fait qu’un tour

Et le magma en fusion démolit son pourtour.

Une éruption de douleur pour toi

Qui brusquement évincée laisse place au froid.


Le noyau calciné sonne l’heure du décès,

A brûle-pourpoint, déjà minuit-vingt.

Une douceur immaculée plane ce soir,

Le temps sans tain comme un miroir.

Audace filante d’observatoire

Fossilisée dans ce mouroir.

Dans un bain de lune, je suis parti,

Enfin, je trouve en toi mon paradis.

LELEU Louis

Loup Garou

Où est donc passé mon âme, ma foi, ma lumière ?

Quelle est cette force parasitaire qui dans mon corps prolifère ?

Mon cœur pétrifié, ma part d’humanité disparue,

Mon instinct animal aurait-il pris le dessus ?

Horreur ! Non, pas encore, laissez-moi !

J’enrage, je brûle, je brise, j’aboie.

Il est trop tard, dans ma carcasse, ma raison fait tâche !

Aaaargh! critch-cratch, ouaf-ouaf, grrrr, splatch!


C’est un mâle, c’est une bête, c’est une arme !


Bave dégoulinante et soif sanguinaire, force étayée et gorge déployée,

L’œil est rouge et la pupille verticale, mes sens s’aiguisent pour la bataille.

Je flaire ma cible, amorce le combat, bondit sur ma proie et la tenaille,

Ma victime désormais martyr est comprimée, triturée, égorgée, broyée.

Un amuse-gueule formidable pour le diable satisfaire,

Je n’ai que faire des exhalaisons de vos émois amers.


Ma morsure, leur trépas, j’éventre et j’étripe de sang-froid,

Je griffe, déchire et déchiquète, je sectionne et je charcute,

La chair de poule comme chair à canon, cauchemar d’assassinat.

Accablé par la fatigue, dans mon foyer de lambeaux disséminés, je chute.

Ma gueule heurte le sol souillé, la créature entre chien et loup s’évanouit.


La lueur du soleil éblouissante réveilla la bête rampante

La mâchoire sanguinolente, perlant la sueur et le sang,

Entouré des corps de ses victimes décharnées, aux visages sclérosés d’épouvante,

L’homme sombra dans la démence et le tourment.

Le corps dévitalisé, comme embourbé, le regard tourné vers les cieux,

Il marmotta dans un dernier souffle : « père, est-ce toi ? » le regard vitreux

L’homme, perdit la vie, son enveloppe gît, meurtrie mais détendue,

La bête humaine n’est plus.

LELEU Louis

L’amour

Comment expliquer le sentiment d’un amour naissant?

Serait-ce un calice que l’on remplirait goutte à goutte jusqu’au raz-de-marée ? Ou serait-ce plutôt comme un orbe dont on absorberait l’essence en s’en approchant trop près ? Ou bien peut-être encore, est-ce un parfum si enivrant qu’une fois senti, il s’imprègne aux confins de notre mémoire ? Nous laissant alors avec une seule envie sempiternelle, celle d’y goûter encore et encore.

On dit que les yeux sont le reflet de l’âme mais l’amour est aveugle alors comment rencontrer l’âme sœur dans ces conditions ? Comment un sentiment si commun, expérimenté par presque tout être vivant depuis la nuit des temps peut-il rester à ce point mystérieux ?

Source d’inspiration artistique ineffable, on chante l’amour en musique, on le réinvente au cinéma, on le dépeint sur une toile, on le relate sous la plume mais aucun ne parvient réellement à exprimer l’insondable.

Car l’amour peut se manifester à travers tant d’émotions différentes ; le bien-être quand on pense à l’autre et la joie lorsqu’on le retrouve, la colère lorsqu’on ne se comprend pas, la peur du rejet suivie de celle de l’abandon, mais aussi le dégoût voire même la haine après une déception.

Mais au-delà de toutes ces interprétations, l’amour se traduit par un besoin passionnel et irrémédiable d’être proche de l’être aimé, de ne faire qu’un avec l’autre, à tel point qu’un manque lancinant se crée. L’amour serait-il donc une sorte de drogue invisible qui ne se mange pas, ne se boit pas, ne se fume pas, ne se sniffe pas mais qui envahit notre être tout entier jusqu’à l’avoir consumé sans réserve ?

Finalement, je pense que l’amour est un oxymore, la quintessence du paradigme de l’humanité qui sommeille en chacun de nous. Or, nous vivons tous dans une réalité qui nous est propre et c’est parce que l’amour est abscons qu’il restera toujours prodigieusement abstrus.

LELEU Louis

Crève-coeur

Aphrodite, comment rompre ton cycle infernal
Lorsque l’amour de l’amour m’assaille?
Comment éviter de récidiver quand mon cœur ne cesse de chavirer ?
Lui qui part une fois de plus à la dérive
Supplice solennel infligé par mes vagues à l’âme loin de la rive.


Si amour rime avec engagement, passion et affection,
Alors rupture rime-t-elle avec clairvoyance, souffrance et raison ?
Après deux mois passés dans une prison de pierre
Le bonheur de la liberté me laisse un goût amer,
Comment pardonner leurs offenses à ceux qui nous ont offensés
Quand c’est ce que l’on a de plus cher qui nous a brûlé la chair ?


Le corps meurtri, les veines coupées,
Je n’ai guère d’appétit pour la félicité,
Je n’éprouve toutefois ni haine, ni colère,
Elles qui par le passé ont été de viles conseillères.


Alors même si mon cœur est aujourd’hui un manoir d’obscurité,
Je sais que je peux compter sur le temps, ce fidèle allié.
Il est parfois bon de vivre un éclat de désespoir,
l’inspiration en est un témoin notoire.


Il n’est jamais simple de traverser un passage à vide
Mais une voie constellée d’amitié est un passage à vie.

LELEU Louis

Pastiche de l’incipit de « du côté de chez Swann » – Marcel Proust:

Qu’il est doux et agréable de profiter du confort que nous prodigue le silence paisible de la nuit, il est loin le temps où j’affectionnais de me lever tôt, c’est même plutôt l’inverse aujourd’hui. Il faut dire que les temps las de mollesse que nous traversons n’ont fait qu’accentuer mon goût pour l’astre en croissant. Malgré cela, mon incorrigible peur de manquer quelque chose d’important me sort toujours des bras de Morphée avant que les douze coups de midi ne sonnent. Mais c’est une fatalité à laquelle j’ai abdiqué sans protestation puisqu’elle me donne le loisir de profiter encore quelques instants de mes rêves d’espionnage qui tournent au vinaigre, de mondes du dessous interlopes ou de marécages aux pouvoirs féeriques, je m’octroie même parfois le luxe de me rendormir afin de les poursuivre encore un moment.

Et justement, le confinement me donne tout le temps du monde pour vaquer à mes occupations sans me soucier du reste du monde. Alors après avoir été désengourdi lentement par les doux rayons du soleil traversant les persiennes et revenant peu à peu à la réalité, je passe de longues minutes à béer devant mes contenus : tiktoks en pagaille, reportages géopolitiques, jeux mobiles et j’en passe. Certes, vous pourriez arguer qu’ils ne sont rien de plus qu’une perte de temps, mais force est de constater que c’est bien pire que ça, c’est une véritable faille spatio-temporelle ! Et pourtant, comme beaucoup d’autres, j’aime à me perdre dans les méandres de ces contenus, comme un gouffre dans lequel on glisserait indéfiniment, des sables mouvants dont on ne peut s’extirper ou encore un brouillard dont l’épaisseur est si dense qu’on ne sait même plus s’il fait jour ou nuit.

Inopportunément, après un moment, le tohu-bohu de la ville, de la vie de mon foyer ou simplement la faim me soustraient petit à petit à ma torpeur pourtant si douillette… Et zut, bravo, c’est réussi ! Voilà que les devoirs et les obligations m’implorent de prendre soin d’eux et je me retrouve déjà pour la 132ème fois cette année contraint de me lever. Heureusement, je sais que je pourrai une nouvelle fois compter sur la quiétude du crépuscule pour me choyer, me dorloter et calmer mes nerfs, elle aussi pour la 132ème fois cette année.

LELEU Louis

Adieu – Farewell (sonnet)

Tendre enfance, que je regrette le passé,
Matins roses, après-midis bleus et nuits blanches,
Voilà ton portrait sans retouches un dimanche.
Ton parfum qui pendant des années m’a bercé,

Il m’a fallu me résoudre à l’abandonner.
Car aussi lancinante que soit ma douleur,
Elle qui n’a d’égal que ma peine et mon malheur,
Ma perte, c’est bel-et-bien moi qui l’ai causée.

C’est mon amour pour toi qui glisse entre mes doigts,
Brûlant, ardent, divin, il n’en restera rien.
Sur la pente du désespoir je te revois,

Au loin depuis cette cellule grillagée.
Une addition si salée que j’en perds ma foi,
Ma douce France, comme tu vas me manquer.

LELEU Louis


ENGLISH VERSION

Pink mornings, blue afternoons and white nights,
Here’s your portrait without retouches on a Sunday
Your perfume that soothed me for years,

I had to resolve myself to give it up.
Because as shooting as my pain can be,
It’s only as strong as my sorrow and my woe,
My loss, I well and truly caused it.

It’s my love for you that slips between my fingers,
Burning, ardent, divine, there will be nothing left.
On the slope of despair I see you again,

Far away through this grills fitted cell window,
A bill so steep that I’m losing my faith,
My sweet France, how much I’ll miss you.

LELEU Louis

L’œil

Quel infini moment de liesse
Que d’admirer quelqu’un perdre la tête.
Mais quelle infinie tristesse
Lorsque c’est vous qu’ils guettent.


Les globes oculaires presque sortis de leurs orbites
Ne vous lâchent pas un seul instant,
Aucun ne serait suffisamment stupide
Pour rater ce spectacle saisissant.


Comme au théâtre, ils contemplent ébahis
La pièce sulfureuse qui se déroule sous leurs yeux.
Pas un seul bruit, ils se font souris,
Comme des parasites pernicieux
se délectant d’un débat odieux.


Ils sont la vermine et la mort-aux-rats,
Le sérum et le poison,
La bête sauvage et le piège,
Le joueur et le pion.


C’est un tableau charmant il est vrai,
L’éclat visible de toute l’animalité
Qui nous dévore les jours mauvais.


Ils pourraient détourner le regard ou y couper court
Mais ils préfèrent attendre comme des vautours.
Qui sera le prédateur ? Qui sera la proie ?
C’est la loi du plus fort qui s’appliquera.


Un bien sombre dessein du destin du genre humain
Heureusement, il ne tient qu’à la volonté de chacun
De briser ce cycle sans fin
Et d’enfin aider son prochain.

LELEU Louis

Quel est le sens de notre vie?

Ah, le sens de la vie! Grand paradigme philosophique depuis des siècles et des siècles, tous les grands noms du domaine ont déjà émis leur point de vue sur la question, on citera par exemple Platon, Kant, Spinoza ou plus récemment Sartre, évidemment aucun ne fut en mesure de nous donner une réponse indubitable et définitive tant l’évolution constante du monde et la subjectivité de chacun entrent en compte dans la réflexion sur le sujet.

On s’est tous déjà remis en question au moins une fois au point de se dire « à quoi bon? Pourquoi me donner tant de mal? Mon existence a-t-elle un sens? Au fond à quoi ça sert de vivre? » Questions auxquelles les pessimistes trouveront un malin plaisir à répondre que la vie est insignifiante, banale ou inutile, pour eux, nous ne serions qu’un grain de sable dans un désert, une goutte d’eau dans un océan ou encore une fourmi dans une fourmilière. Je pense qu’il ne faut pas se laisser aller à de telles élucubrations qui ne conduiront qu’à notre perdition, car même si notre humanité peut être source de fragilité pouvant parfois conduire à la dépression ou même pire. Qu’on le veuille ou non, nous sommes des êtres vivants de ce monde et cristalliser notre vie dans un spleen léthargique ne nous permettra en rien d’inventer celui de demain.

C’est pourquoi si nos émotions ou nos sentiments peuvent parfois être embrumés d’un voile obscur, je préconise de faire preuve de sobriété et de les pondérer. En effet, la métamorphose du monde est inéluctable et merveilleuse, nous avons au cours des siècles derniers appris tant de choses et la connaissance humaine est devenue telle que depuis 200 ans, le monde s’est transfiguré, ne serait-il pas dramatique de ne pas vivre cette avancée avec le reste de l’humanité?

Prenons l’exemple de la technologie: l’invention de l’électricité, de la machine à vapeur, de l’automobile, ou plus récemment d’internet et du téléphone portable. Toutes sont des inventions extraordinaires qui ont bouleversé le quotidien de chacun. Inventions qui peuvent d’ailleurs être mises au service de l’exaltation de la beauté comme dans la sphère de l’art contemporain où des artistes comme Cai Guo-Qiang ou Tamara Kvesitadze nous éblouissent avec des œuvres hors-normes qui sans technologie moderne n’auraient jamais pu voir le jour.

Dans le domaine socio-culturel, nous avançons grâce à la mondialisation vers un monde transculturel où les discriminations quelles qu’elles soient sont de plus en plus sévèrement condamnées: ensevelissement de l’hétéronormisation et du racisme, abolition de la peine de mort dans toujours plus de pays, apparition de nouvelles formes de genre comme la non-binarité, etc.

Il en va de même pour le monde scientifique, avec dans le secteur médical la création des vaccins, l’évolution des traitements contre le SIDA et autres IST. Mais aussi dans la découverte de l’espace, on envisage aujourd’hui une colonisation de Mars voire de la Lune, et les exemples sont légion.

En définitive, nous avons la chance d’être une espèce dotée de facultés remarquables, nous avons des capacités d’imagination prodigieuses. Alors ne laissons pas notre esprit se noyer dans les abysses hypnotiques des réseaux sociaux ou de la télévision qui nous plongent dans un coma dont nous sommes tous un peu conscients mais que nous préférons ignorer par fainéantise car une chose est sûre: jamais l’oisiveté ne sera source d’accomplissement personnel et votre vie aura déjà bien plus de sens si nous nous donnions la peine de créer quelque chose qui nous ressemble à nous et à nous seuls, le sens de la vie naît là où la création commence.

LELEU Louis

Passion crépusculaire

Mers et vents
Monts et tourments,
Souffle de mort
Absurde décor


C’est toi mon élu
Qui pourtant me tue,
Amour et compassion
Ne sont que science-fiction.


Sur l’asphalte gris chauffé à blanc
Je m’enlise, c’est pétrifiant
Engourdi par la tristesse
Et affaibli par l’ivresse.


C’est la passion qui m’avilit
Elle qui m’a rongé, bafoué, dupé
Elle en a de la vergogne cette damnée
Tu croyais tout acquis ? Que nenni
Sous ma plume je te plie.


Je verse une larme de peine
Puis une larme de joie,
Afin que j’apprenne
Ce qu’il adviendra de moi.


Brûlé par ma laisse
Enfin l’ignorance s’affaisse,
Elle qui m’a coiffé au poteau,
Je n’y laisserai pas ma peau.


Fuis-donc dit-elle pleine de vanité,
Mais c’est un terrain glissant
Car si l’aigle est d’argent,
Le phœnix est de papier.


Alors prends garde en déchaînant mes flammes,
Je crierai ton nom et brandirai ton âme,
Est-elle une offrande ou un poison ?
de toute façon, tu n’es qu’un pion !


Élémentaire ou abscons,
Ton corps n’est qu’oblation
Ton amie c’est la philanthropie
Elle t’aura bien gâtée celle-ci !


Le monde prend feu sous mes yeux
Tel un brasier incandescent
Dans lequel faute de mieux
On aurait jeté mon sang.


Un flux éternel de scissions,
Brise mes os d’un seul frisson.
M’offrant de nouvelles sensations,
Autre que l’hyper-sexualisation.


Par tous les diables je vous en conjure,
Sortez-moi de cette tour d’acier
De laquelle j’en suis sûr,
C’est la vie qui m’a fait prisonnier.

LELEU Louis

Amour mystère

Comme les bêtes au printemps,
Je ne cesse de t’aimer un seul instant.
Lorsque je respire ton essence,
Les miens sont en convalescence.
Comme envoûté par un élixir de passion,
Je ne peux me délivrer de cette incantation.


A la fois fin et onctueux,
Tu me procures un plaisir délicieux.
C’est un fait que je ne peux nier,
Mon palais tu le fais craquer !
Mon amour salé appétissant,
De ta saveur subtile je suis friand.


Oh seigneur, que je t’aime !
Pour toi plus question de faire carême.
Enflammé par mes vieux démons
Je succombe à ta divine tentation.
Me révéleras-tu un jour ton secret ?
Oh toi, bacon sacré !

LELEU Louis